Rencontre avec le groupe n°5 de Quito en Equateur

Rencontre avec le groupe scout n°5 de Quito en Equateur

En préparant mon voyage j’avais décidé de me fixer des objectifs, des choses que je ferais par-dessus tout le reste si j’en avais l’occasion. Parmi ceux-là, il y avait celui de partager des activités et d’aller à la rencontre de groupes scouts à travers les différents pays que je visite. Pour autant cela n’est pas toujours évident de pouvoir contacter les associations car elles ne sont parfois pas très développées et peu connues de ses habitants. Beaucoup savent qu’il existe des scouts mais ne savent ni comment les contacter, ni où ils se réunissent et encore moins ce qu’ils font. C’est donc grâce à mon hôte à Quito, qui fût scout pendant une vingtaine d’années, que j’ai pu entrer en contact avec le groupe n°5 de Quito ou encore les Muchachos de Mafeking. Les groupes scout en Equateur n’ont pas de nom au départ et ne sont pas obligés d’en avoir un, par contre ils possèdent tous un numéro (une série de numéros par ville).

L’activité

Chefs scouts en EquateurMa journée a donc démarré à 9h un samedi matin, rendez-vous en bordure d’une des nombreuses zones boisées de Quito. C’est toujours un moment délicat, de se présenter face à un groupe de personnes que l’on ne connaît pas alors qu’ils se connaissent entre eux et j’ai la sensation de redevenir un enfant rentrant dans un nouveau groupe, l’espace de quelques instants. Quelques présentations rapides, je baragouine quelques phrases simples en espagnol (toujours pas au point…) avec le chef du groupe. Le début de l’activité est un moment d’attente, le temps que tout le monde arrive, que les parents échangent avec les adultes et que les enfants se retrouvent. Une partie des enfants portent une chemise tandis que d’autres n’ont que le foulard : ici le port de la chemise ne se fait que par ceux qui sont présents dans le groupe depuis au moins deux mois. Tous arborent un dessin cousu symbole de la branche à laquelle ils appartiennent, ; j’ai également pu apercevoir des symboles de rassemblements internationaux tels que le Jamboree ou le Moot. Les enfants sont répartis comme suit :

  • Les plus jeunes sont d’un côté (les lobato ou louveteaux de 7 à 11 ans) en cercle autour Logo du groupe scout n°5 en Equateurde leur chef d’unité
  • La 2nd tranche d’âge est composée du plus grand nombre (les scouts ou éclés de 12 à 15 ans) tous en ligne face à leur chef d’unité également
  • Le 3e tranche d’âge composée de 5 adolescents (les caminantes ou marcheurs de 16 à 18 ans) tous en ligne derrière leur chef d’unité
  • La 4e tranche d’âge composée d’une fille (les rovers ou routiers de 18 à 21 ans) bien droite dans ses chaussures aux côté de sa chef d’unité.

Un coup de sifflet du chef de groupe et tout le monde se tourne vers lui tandis qu’il demande à ce que chaque unité se présente. Chaque groupe exécute un chant ou cri d’unité, bien droit et le salut scout bien visible (deux doigts pour les lobatos représentant des oreilles de louveteaux et trois doigts pour les autres). Tandis que les enfants/ados chantent ou crient, le chef d’unité va se présenter devant le chef de groupe avec lequel il échange un salut scout et quelques mots. Les enfants restent en salut scout et attitude militaire jusqu’à ce que leur chef d’unité revienne vers eux et leur dise d’arrêter. Un rapide coup d’œil du chef de groupe envers la ligne des scouts et il leur demande de recommencer leur salut du fait qu’une partie avaient cessé leur salut sans avoir reçu l’aval de leur chef d’unité.

J’observe attentivement le déroulement de cette présentation en prenant quelques photos par-ci par-là. On me demande de venir puis on me présente à l’ensemble du groupe qui m’accueille avec des applaudissements et des bienvenues. Voilà qui est quelque peu rassurant ! S’ensuit une prière dont chaque partie est prononcée par un membre de chaque tranche d’âge et reprise en cœur par tout le groupe. Le responsable de l’activité pour aujourd’hui est Christian (le chef de groupe) et il demande aux chefs d’unités de faire constituer des équipes de 6, mixtes en âge.

Prêt au départL’activité sera un Gymkhana ou plus concrètement une suite d’épreuves dispersées sur un terrain et selon l’efficacité d’une équipe elle remportera plus ou moins de points. L’activité a deux côtés, une pour les jeunes et une pour les adultes sachant que les groupes sont autonomes et Christian dirige l’activité de son côté. Le parcours à effectuer emprunte un sentier de forêt dont le terrain plus ou moins accidenté et parsemé de branches/racines, rend la progression lente. Le chemin a été repéré et balisé par Christian avant l’arrivée des jeunes, mais c’est le rôle des adultes de le parcourir et de vérifier qu’il n’y a pas de risques. Cela ne nous empêche pas pour autant d’avoir à suivre les étapes en décodant du texte et en ayant quelques contraintes telles que de ne jamais se lâcher les mains (plutôt Planification stratégique !périlleux quand il faut passer sous un tronc d’arbre). Nous partons donc en avant, main dans la main, après avoir décodé le premier texte sur le sentier où nous arrivons sur le lieu de l’épreuve, un papier planté dans une branche nous indique que les groupes vont arriver et qu’ils devront tenter de récupérer un foulard accroché sur une branche en moins de 2 min, tandis que nous allons devoir les retenir. Nous voici donc en train de planifier une stratégie pour installer un foulard et pouvoir tenir position dans cet endroit plutôt réduit, entouré d’une végétation qui ne laisse que peu de passage. Nous avons à peine le temps de décider où poser le foulard, que le premier groupe arrive ; un des chefs d’unité leur demande de se présenter, s’ils sont prêts, et le groupe nous gratifie d’un « Listo ! » (Prêt !) commun Temps formation des chefsbien décidé. Ils se lancent à l’assaut et nous voilà à retenir une vague de jeunes allant de 7 à 15 ans bien motivé s prêts à nous submerger ; les plus petits tentent de passer par les côtés, sous les branches ou encore entre nos jambes, tandis que les plus grands essayent de passer par la grande porte ! La confrontation ne se passe pas sans glissade, sueur et traces de terre sur les vêtements. C’est lorsque le dernier groupe est parti à l’assaut de nos défenses que nous remballons nos affaires pour continuer l’activité de notre côté. Nous voilà repartis sur le sentier jusqu’au prochain lieu qui demande à un chef plus âgé et expérimenté d’expliquer aux autres chefs     les différentes consignes de sécurités lors d’un déplacement du groupe sur la route ou dans une ville . Bon…ça nous demandait aussi de nouer les Installation d'une corde pour faciliter l'ascencionlacets de nos chaussures pour continuer sur le chemin…mais vu le chemin on s’est contenté de se tenir les mains. Arrivés sur le lieu de la 3e étape, un papier demandait de démarrer une réflexion sur les traditions du groupe, tandis que les jeunes s’emmêlaient dans une activité sur les nœuds. Une dizaine de minutes de réflexion et de discussions puis le chemin continue sur un versant très abrupt que seuls les plus grands seront capables d’escalader. L’équipe décide alors d’installer une corde (ils ont tout le matériel nécessaire pour aider ceux qui auraient du mal) et de se disposer le long du chemin pour donner un coup de main en cas de besoin. Un nœud, une corde et un mousqueton plus tard, le chemin est installé et nous aidons ceux qui passent tandis que les plus grands préfèrent faire l’ascension sans On patiente pour le passage de tout le mondeaide. Je pars devant avec Maria, une des chefs du groupe, pour rejoindre ceux qui sont passés tandis que le reste attend les derniers. Me voici donc sur le lieu de la dernière épreuve qui consiste pour chaque groupe à inviter un adulte pour partager le repas. Le groupe de nouveau réuni, chaque adulte part avec un des groupes de l’activité pour aller s’installer en cercle dans une petite plaine à côté. Une prière plus tard, tous les enfants se retrouvent à partager toute la nourriture qu’ils ont, en autant de parts que nous étions dans le cercle (oui , oui , même les sandwichs, les fruits, les gâteaux et les bonbons). L’activité se termine sur la distribution d’un chocolat à chaque membre du groupe.

La demi-journée s’achève ainsi à 13h, tout le monde se retrouve au lieu de rendez-vous dans la même configuration que le matin. C’est avec une attention toute particulière que chaque unité écoute les résultats du Gymkhana, l’équipe qui a remporté le plus de point récupère un chocolat supplémentaire. Pour clôturer définitivement, un membre de chaque unité vient chanter un morceau de prière repris par tous les autres avant que les parents viennent récupérer leur enfant. Une fois tous les enfants partis, les chefs se retrouvent une heure pour faire le point et débattre de l’activité du samedi suivant (Le groupe fait une activité tous les samedis).

Mon avis sur tout ça

Il y a tant de choses que j’ai vécues durant ces quelques heures, qui m’ont questionné sur les pratiques de mon groupe mais également sur les pratiques de ce groupe en Equateur. Pour autant il est important de ne pas oublier la place que prend la culture d’un pays dans ses pratiques pédagogiques. L’Equateur est un pays dont la discipline fait partie intégrante de la plupart des familles avec le respect des aînés et des traditions. Les générations actuelles commencent à s’émanciper de ces traditions mais elles sont encore très ancrées.

Ce qui m’a questionné

Les rituels militaires et religieux

En effet l’équateur est un pays où la discipline a son importance et je ne peux pourtant pas m’empêcher de me demander si tout ce déballage militaire est nécessaire. Certes le scoutisme est militaire à la base, mais les choses n’ont-elles pas évolué depuis tout ce temps ? L’alignement des membres d’une unité, le salut scout d’un chef vers le chef de groupe quand ils se parlent, des enfants envers leur chef d’unité : cela fait clairement apparaître la position « supérieure » d’un membre du groupe par rapport à un autre et cela m’a mis mal à l’aise. Sachant pour autant que les encadrants et enfants ne sont pas nécessairement croyants mais il n’existe que 2 associations en Equateur et toutes les deux sont rattachées à la religion.

Le nombre d’enfants par adulte encadrant

Bien que cela n’aie pas été clairement le cas lors de cette activité, on m’a expliqué qu’il arrivait régulièrement qu’un chef se retrouve en responsabilité avec 20 voire 30 enfants. Pour autant la réglementation en termes d’encadrement est la même qu’en France : 1 adulte pour 12 enfants. Cela peut être dû au manque d’encadrants présents lors d’une activité mais également à la manière dont est organisée l’activité. En effet alors que nous étions 7 encadrants, seul Christian était en gestion du groupe pendant que nous autres étions en train de participer à l’activité de notre côté (quand bien même il y a eu quelques moments où nous étions avec les enfants). Il m’est apparu clairement lors de mes déplacements que l’Equateur est beaucoup moins à cheval sur les règles de sécurité que la France mais où est la limite avec un groupe d’enfants ? La discipline du groupe favorise-t-elle cela ?

La dernière tranche d’âge

Les routiers du groupe vont de 18 à 21 ans et il est impossible de devenir encadrant du groupe avant l’âge de 22 ans. Cela me paraît être très tardif, bien que certains commencent à faire de l’encadrement avant. Il faut par contre se dire qu’il n’existe pas de diplôme comme le BAFA en Equateur et le secteur de l’animation/vacances est bien souvent limité à des vacances à thèmes sportifs. Les camps de 3 semaines n’existent pas en Equateur, un employé classique n’ayant que 2 semaines de congés à prendre par an, cela signifierait pour les encadrants de prendre l’intégralité de leurs vacances pour un camp scout.

Ce qui m’a fait réfléchir

L’investissement des encadrants

Le groupe effectue une activité par semaine, ce qui signifie réunion et préparation d’activité toutes les semaines. Cela demande un investissement de temps énorme mais les encadrants qui sont là ont tous grandi avec le groupe et cela est comme leur seconde famille. Ils sont très attachés à leur groupe et ne changeraient pour rien au monde.

La partie formation pour les encadrants

L’activité a été prévue pour les enfants mais également pour les encadrants. Cette partie comportait différentes facettes, une partie d’interaction avec les enfants, une partie sécurisation du terrain, une partie de formation pour les encadrants plus jeunes et une partie de réflexion sur les traditions du groupe. Chaque élément de cette activité avait un intérêt particulier et conciliait animation avec formation ce qui permet d’assurer l’efficacité des encadrants avec les enfants.

Le temps du repas

J’ai été très surpris par la spontanéité des enfants à tout simplement sortir toute nourriture que chacun avait et à la partager pour chaque personne du cercle. Même les éléments les plus compliqués à partager ont fait l’objet d’une étude approfondie du groupe pour trouver un moyen de le découper équitablement. J’ai accueilli avec plaisir cette manière de faire du groupe et en y réfléchissant c’est certainement la manière le plus agréable de passer un repas. Au-delà d’apprendre la solidarité et le partage, cela aide à souder le groupe. En voyant cela, j’ai repensé à ces enfants qui refusent de partager leurs bonbons en camp et me dit que cela n’arriverait pas s’ils étaient habitués à partager à chaque repas.

Dans tous les cas ! Merci à eux de m’avoir fait partager leur temps pour me permettre de découvrir la manière dont se déroule une de leur activité !

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Ecrit par:

Cyril

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