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Le jour où j’ai été bloqué par une manifestation en Colombie

Le jour où je décide de quitter le village de La Barra en Colombie pour rejoindre celui de Neiva, il me faut pour cela passer par Cali, ce qui devrait me prendre en tout environ 5h, en considérant l’embarcation jusqu’au port de Buenaventura, puis un bus jusqu’à Cali. Tout cela en prenant en compte les temps d’attente potentiels, d’un moyen de transport à l’autre, et les fluctuations d’horaires.

Embarquement-à-LadrilleroC’est donc vers 9h que je quitte La Barra à pied pour rejoindre le petit port de Ladrillero. Le chemin est un mélange de boue et de sable, au vu de la tempête qui s’est abattue la nuit dernière, et je progresse lentement en évitant tranquillement de donner un bain à mes chaussures. Deux heures plus tard, j’arrive au port et je m’inscris pour le prochain bateau. Arrivé au moment de l’embarquement, la mer est assez agitée et il est difficile d’accéder au pont d’embarcation sans un coup de main, tellement le pont ne cesse de monter et descendre sous le coup des vagues. Me voilà donc en route sur un bateau qui fait régulièrement des bonds assez conséquents, en passant sur des vagues. J’en profite pour discuter avec le couple qui me sert de voisins et il se trouve qu’ils parlent très bien anglais (l’espagnol c’est encore un peu tendu pour une vraie conversation !). On fait connaissance tout en tenant la bâche imperméable qu’on nous a donnée pour nous protéger de l’eau. Il se trouve que Julian habite à Cali et Natalia travaille pour l’instant à Bogota ; ils étaient venus passer juste un peu de temps pour visiter Ladrillero. Expliquant que je me rends à Cali, ils proposent de me déposer en voiture (YEAH !) plutôt que je prenne le bus ! Une superbe économie d’argent et de temps en perspective !

Parking-de-BuenaventuraNous voici donc en route vers le parking du port que nous quittons prestement. Alors que Julian et Natalia échangent avec le militaire qui garde la barrière d’entrée du port, je vois leurs visages se décomposer et l’inquiétude les gagner mais la conversation est trop rapide pour que je puisse comprendre ce qu’il se passe. Une fois passés, ils m’expliquent qu’il y a une manifestation qui a démarré ce matin et qu’il semblerait que la route vers Cali soit bouchée…ce qui est plutôt ennuyant dans le sens où il s’agit de la SEULE et UNIQUE route pour quitter la ville ! N’ayant pas plus d’infos, on décide d’essayer quand même en se disant qu’on trouvera peut-être un moyen de passer. En approchant du lieu, qui nous oblige à rouler au pas, on me demande de fermer la fenêtre tandis que Julian verrouille les portes de la voiture…rassurant…Pour autant il nous est impossible de passer et l’on rebrousse donc chemin vers le port pour trouver un endroit où garer la voiture et réfléchir à la situation. Je n’ai pas tellement envie de passer une nuit à Buenaventura dont l’ensemble de la ville est aussi rassurant qu’une petite ruelle déserte en pleine nuit. Natalia non plus vu qu’elle est censée prendre un avion à 7h du matin le lendemain à Cali, pour Bogota.

Sur-le-chemin-de-la-manifestationOn commence à bouger pour essayer de trouver une solution quand je reconnais un homme qui était avec nous sur le bateau. Je lui fais signe et il se trouve qu’il est également bloqué. Selon German (prononcé Hermanne), le seul moyen de passer est de demander une moto pour rejoindre le barrage et d’avancer à pied jusqu’au prochain village à 5 km d’ici, puis de prendre un bus jusqu’à Cali. Après maintes discussions, German montre un lieu « safe » pour que Julian aille garer sa voiture (et la récupérer plus tard). On trouve un taxi et nous voilà en route vers le barrage (disons qu’à 5 sur une moto c’est plutôt compliqué…) où le chauffeur à coups de klaxon, de prise de route en sens contraire et d’insultes à ses voisins, finit par nous déposer à quelques mètres.

Sur-la-route-de-la-manifestationLe barrage est en réalité constitué de planches de bois, de pierres et de quelques plots de chantier. On commence donc à traverser la « zone à risques » dans le sens où on me conseille de faire attention à mes affaires et de ne pas trop traîner dans le coin. La route se trouve être le nouveau terrain de jeu des enfants du coin et pas une seule clameur à l’horizon…plutôt calme pour le lieu d’une manifestation qui pourrait durer plusieurs jours. De nombreuses bouteilles de bière jonchent le bord de la route et tout le monde a l’air plutôt tranquille. Ce n’est qu’une demi-heure plus loin qu’on est arrivé sur le lieu des négociations ! Quelques policiers et militaires sont par-ci par-là, pas trop inquiétés par la situation apparemment. Le lieu de la négociation n’est pas réellement ce à quoi je m’attendais…en France on peut facilement imaginer les représentants de telle ou telle association ou mouvement négocier dans un bureau autour d’une table : ben ici c’était une dizaine de chaises en plastique, en cercle sur la route, entourée d’une vingtaine d’observateurs. Pas de clameurs, pas de banderoles, pas de marches à travers la route…juste un rond de chaises en plastique sur la route. C’est là qu’on m’a expliqué que :

« Le maire et ses représentants sont tous des corrompus comme la majeure partie du gouvernement colombien. L’argent des impôts de la ville a servi à payer les vacances au maire et à ses copains plutôt que d’entretenir les conduites d’eau. Du coup, maintenant, l’eau est coupée pour une durée indéterminée à Buenaventura ! »

Cette explication m’a donné matière à réflexion…d’accord je ne connais ni les politiques de la ville, ni ses habitants mais…SEULEMENT 20 personnes autour du lieu de la négociation, alors qu’il n’y a plus d’eau courante dans toute la ville ? Toutes les habitations colombiennes sont équipées d’un réservoir allant de 250 à 10.000 litres d’eau en cas de problème certes, mais c’est quand même suffisamment inquiétant pour qu’il y ait plus de monde que ça à s’y intéresser, non ?

En continuant de marcher, German réussit à arrêter un bus qui commençait à faire des allers et retours entre la fin du barrage et le prochain village. Les colombiens sont très réactifs quand il s’agit de trouver des solutions aux différents problèmes (et de gagner de l’argent au passage !). Pour 1.000 pesos on économise donc un morceau de chemin, on trouve un bus pour Cali et nous voilà en route ! Le chemin me paraît long, la journée a été forte en émotion et je sens la fatigue me gagner.

LE-réconfortUne fois à notre point d’arrivée, on trouve un taxi qui nous emmène au lieu de travail de German et il nous conduit tous dans un centre commercial où Julian tient une échoppe de glaces ! LE vrai réconfort de la journée et ça faisait une éternité que je n’avais pas mangé une vraie glace !

Julian et Natalia me proposent de dormir chez eux au lieu de mon hôtel, ce que je m’empresse d’accepter. C’est donc dans un vrai lit et avec une douche CHAUDE (du grand luxe !) que je finis ma journée.

Mon trajet a donc commencé à 9h en quittant La Barra, pour une arrivé à 20h à Cali ! Plutôt long pour les 4/5h de trajet initialement prévu !

Et vous ? Avez-vous des anecdotes de voyage à partager ?

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Ecrit par:

Cyril

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